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97 : hypnose et saoulographie

Vous souvenez-vous de certaines gouttes de pluie ? [relire ici] .
Ce soir-là, à la Cité de la Musique, les cent métronomes du "Poème symphonique pour cent métronomes" de György Ligeti étaient sagement alignés sur le devant de la scène, chacun réglé sur une fréquence différente, leur ressorts plus ou moins remontés pour que chacun ait sa propre durée de vie.
Mais pour l'instant ils étaient muets, attendant leur heure ...

85 : couleurs boisées

Né en 1952, Philippe Manoury a beaucoup travaillé à L'IRCAM. Un compositeur "électronicien" donc. En conséquence, j'allais à ce concert sans enthousiasme mais avec curiosité ...

Il ne m'a fallu que quelques minutes pour que "Fragments pour un portrait" m'accroche, puis me maintienne en tension attentive jusqu'à la dernière note.
Dénuée de toute installation électro-acoustique, ces "fragments" sont écrits pour un assez grand orchestre de facture classique augmenté de trois groupes de percussions. Cependant, la présence d'un grand nombre de bois (clarinettes de différents registres, hautbois, cor anglais, basson, contrebasson et clarinette basse) conférait à cette partition une couleur dominante tout à fait particulière.

80 : mare nostrum, musica nostra

Shofars, trompettes, trompes, cornets, busine, sacqueboute, chalémie, bombarde, flûtes, launeddas, cornemuse.
viole, vièle, vielle, rebab, lyre à archet, kamantcha.
harpe, oud, luth, qanûn, psaltérion, tympanon, cithare.
tambours, cloches, darbouka, deff, cymbales, grelots.

Ces nombreux instruments antiques et médiévaux du pourtour méditerranéen ont tous été joués lors de ce passionnant concert à la Cité de la Musique.

79 : haïkaï et sepukku

Il me semble que beaucoup de temps a passé depuis mon dernier compte-rendu de concert ... Je suis sûr que ça vous manque !
Le programme était réalisé par Pierre-Laurent Aimard, formidable pianiste, élève de Messiaen, collaborateur et grand interprète de Ligeti, doublé d'un excellent pédagogue (nous avons assisté à plusieurs de ses concert où les explications qu'il nous donnait étaient toujours d'un grand intérêt).
Mais hier soir il n'a joué que dans la dernière pièce et n'a pas pris la parole ...

74 : forêt d'automne

(essai d'introduction à la musique contemporaine pour les nuls par le professeur Simplet, 3ème et dernière partie) [revoir la 1ère] [revoir la 2ème]

Plus encore que le rythme dont j'ai parlé la dernière fois, c'est le timbre qui s'est diversifié à l'extrème au cours du dernier siècle :

- par l'apport d'autres instruments, qu'ils soient africains ou orientaux (notamment dans le vaste champ des percussions), populaires (accordéon, harmonica, ...) ou popularisés par le jazz (saxophones, vibraphones ...)

- par le perfectionnement continu de la facture instrumentale (tel le piano dont les progrès ont été ininterrompus depuis deux siècles à tel point qu'il est impossible de jouer de nombreuses œuvres actuelles sur des pianos un peu anciens ; tels beaucoup d'instruments à vent qui ont vu leur virtuosité s'améliorer grandement)

69 : mystère de la grâce en twingo rouge

C'était il y a bien longtemps, en voiture à Paris du côté du Marais, un soir d'hiver.
Embouteillages, pluie fine, circulation bruyante. J'allais à une réunion professionnelle sans aucun enthousiasme. Faire des réunions le soir au centre de Paris, faut être vraiment taré !
En "bruit de fond" l'autoradio joue du piano. Je tourne en rond, assez énervé, cherchant une place pour me garer. Quand, brusquement, ma conscience s'éveille au bruit de fond pianistique.
Ce que j'écoute est inhabituel, j'ai l'impression de quelque chose qui ne m'est pas inconnu quoique je suis bien certain de n'avoir jamais entendu ça.

64 : gouttes de pluie

[essai d'introduction à la musique contemporaine pour les nuls
par le professeur Simplet
2 ème partie] [revoir la première]

La musique contemporaine doit être écoutée d'une façon toute différente de la musique classique sous peine de déception, d'incompréhension ou d'aversion (regardons nous de la même façon un Brueghel et un Matisse ? Lisons nous de la même façon Flaubert et Perec ?).

Continuons de schématiser !
Au cours du XX° siècle, les deux axes traditionnels de la musique occidentale (mélodie et harmonie) sont devenus accessoires et ont même souvent disparu.

À l'inverse, deux épices ont pris une importance de plus en plus grande :
- Le rythme qui s'est fortement complexifié
- Le timbre qui s'est diversifié à l'extrême

62 : rituel

J'avais jusqu'à maintenant tenu Boulez pour un compositeur perfectionniste, plus soucieux de la beauté des timbres, de la rigueur du rythme, de la géométrie de l'espace, de l'architecture de la pensée que de la transmission et du partage de simples sentiments humains.
Je le classais dans le même tiroir que Schumann : beau, parfois très beau, mais froid, souvent très froid ...

Le "Rituel in memoriam Bruno Maderna" qu'il a écrit après la mort de ce compositeur en 1973, m'apporte un cinglant démenti : Boulez a du cœur !

58 : animal sauvage

[essai d'introduction à la musique contemporaine pour les nuls
par le professeur Simplet
1ère partie]


La schématisation à outrance, même si ceux qui savent se moquent, peut aider à fixer des bases de compréhension.
Cette démarche vulgaire (de vulgarisation) donc non scientifique est assez pédagogique, puisqu'elle peut, si elle a su éveiller chez le lecteur un certain intérêt, le pousser à "en savoir plus".
Donc, voilà :

55 : vexations

Il est sûrement vexant pour un compositeur d'entendre dire qu'une de ses œuvres fait penser à celles d'un autre compositeur. Mais dans l'esprit du critique amateur, une telle réflexion peut être un vrai compliment.
C'est ainsi que, dès les premières mesures de "Shouting Silences", création de Marco-Antonio Perez-Ramires, né au Chili en 1964, Pascal Dusapin m'est venu à l'esprit. Dans cette pièce écrite pour violoncelle et 14 musiciens, j'ai retrouvé dans l'écriture orchestrale la même tension dramatique en équilibre instable, sans jamais le moindre espoir de résolution, que j'éprouve souvent à l'écoute de Dusapin.

53 : nécessaire perfection

Retour au concert après trois mois de musique en conserve. Ça fait du bien de reprendre contact avec la musique vivante et avec nos "copains" de l'Ensemble Inter Contemporain (EIC) !

Le concert démarre avec "Melodien" de György Ligeti.
La mort de ce formidable compositeur en juin 2006 à 83 ans a été une grande perte, il avait encore plein de projets et tant de choses à nous dire : je n'ai peut-être pas fini de vous en parler !
Cette pièce ressemble à une miniature de ses grandes œuvres orchestrales : elle est courte et l'orchestre réduit. Succession de petites vagues se brisant puis s'épuisant progressivement sur la grève. Les passages pianissimo m'ont paru plus intéressants que les fortissimo. Il y a vers la fin un duo entre l'extrême basse d'une contrebasse et l'extrême aigu d'une flûte piccolo assez génial.
La discrète frustration que j'ai ressentie pouvait-elle être mise sur le compte d'un EIC en petite forme ? La suite me donna tort !

37 : langue des notes

Dernier concert de la saison à l'IRCAM (Institut de Recherche et Coordination Acoustique/Musique, à côté de Beaubourg), très austère temple de la Musik Môôderne (grand prêtre : Pierre Boulez ...)
Lieux inhospitaliers, froids, sans âme, on descend dans les profondeurs du bâtiment, on passe devant des bureaux vitrés où des techniciens (ou compositeurs ?) se crèvent les yeux devant des écrans d'ordinateur, pour atteindre la salle de concert, sinistre hangar cubique gris et froid qui pourrait aussi bien être une salle de gym avec ses échelles rouges et ses sièges métalliques inconfortables. On sent qu'on n'est pas là pour rigoler : ici, la musique, c'est du sérieux !

35 : ulysse revient

Quelle musique ! Quels interprètes !! Le concert d'hier : un des plus beaux de l'année.
C'était encore du baroque, mais italien cette fois : l'opéra "Le retour d'Ulysse dans sa patrie" de Monteverdi (en version concert).
Rassurez-vous, je ne vais pas vous infliger un cours sur l'histoire de la musique italienne : ça m'obligerait à parler de l'opéra italien du XIX°s pour lequel je n'ai aucune affinité (sauf peut-être avec un verre de trop !). J'aurai pu pourtant intituler ma chronique "opéra et apéro" ou "de monte à verdi" ... tant pis !
Car l'opéra de Monteverdi, n'a pas le moindre rapport avec l'opéra de Verdi, sinon la langue.


[Ulysse, Telemaque et Penelope version manga]

34 : d'une élisabeth à l'autre

Il nous arrive parfois d'écouter autre chose que de la musique contemporaine.
Par exemple notre dernier concert nous a plongé dans la musique baroque anglaise avec "Didon & Énée" de Henry Purcell. Livret sans intérêt, prétexte à une musique splendide comme toutes celles écrites par Purcell pendant sa courte vie (1658-1695). Le chœur était excellent mais les solistes et l'orchestre m'ayant un peu déçu, je ne m'étendrais pas sur ce concert.
Ben alors ... de quoi je vais parler ?

33 : de venise à budapest

Ce jeudi là (24 mai), nous fendions à contre-courant la marée orange des bayrouistes se rendant au zénith écouter leur héros : notre direction était, une fois n'est pas coutume la cité de Portzamparc ...

Le concert commence par "Delights", création d'un encore jeune suisse, Xavier Dayer.
La Suisse a donné naissance à plusieurs compositeurs intéressants au XX°s : en particulier Ernst Bloch, Arthur Honneger, Frank Martin, et plus récemment, Klaus Huber, et Michael Jarrel qui est un esthète helvète qui met la fête dans ma tête.
Le plateau réunit les excellents chanteurs du groupe "Les Jeunes Solistes" de Rachid Safir et l'inusable ensemble inter-contemporain (dir.: Suzanna Mälkki), avec accompagnement électronique.
Les textes chantés sont pour la plupart des lettres écrites en français par une religieuse portugaise du XVII°s : elle évoque ses premiers émois érotiques qui ne semblent pas lui avoir laissé de mauvais souvenirs ...

29 : peinzique et muture

Il y a de nombreuses années, j'avais entendu quelqu'un dire (qui, quand, où, je ne sais plus) que, au cours des siècles, la musique avait toujours été "en retard" sur la peinture (et les autres arts en général) ...
Remarque surprenante tant le parallélisme d'évolution de ces deux disciplines artistiques paraît une évidence.

Les deux sont probablement nées ensemble avec l'apparition du premier sapiens.
Mais il n'est pas impossible que la musique (production de sons dans un but chamanique ou tout simplement pour s'amuser en groupe en attendant que l'auroch soit cuit) soit née bien avant la peinture.
Peut-on imaginer que les artistes paléolithiques qui ont peint la grotte de Lascaux il y a plus de 15 millénaires l'aient fait dans un silence "religieux" ?

26 : berio, issimo

Le concert d'hier (cité de la musique) était entièrement consacré à Luciano Berio (1925-2003), dont je suis un inconditionnel.

"Sequenza VII" pour haubois
Les Sequenza de Berio sont des œuvres pour instruments solo. Il en a composé une douzaine je crois. Le hauboïste avait un look de rugbyman irlandais mais ce n'est pas pour ça que cette pièce ne m'a pas emballé !
Berio précise que « la partie soliste est mise en perspective [...] par la présence constante d'une [note] tonique qui peut être jouée par n'importe quel autre instrument en coulisse » Pourquoi n'avoir pas suivi cette indication et avoir choisi comme "instrument" en coulisse un écho électronique d'une intensité qui n'avait rien de pianissimo ? Dommage ...

21 : messe noire

On a l'impression de lire un rapport administratif. Rapport de police, de juge d'instruction ou de service social. C'est froid et clinique, un peu ennuyeux au début.
A aucun moment l'auteur ne laisse sourdre un quelconque sentiment, l'ombre d'une empathie, l'ébauche d'un jugement.
C'est la force de ce roman d'éviter tout pathos : les personnages ne sont pas réalistes, ils sont réels.

19 : du bruit

Beaucoup de gens ne supportent pas une seule note de musique "moderne", certains disent même : "c'est pas de la musique, c'est ... du bruit" !

Fracas des trains, sirènes de police, rugissements des voitures, hurlements des motos, stridences des avions, ou, plus domestiquement, sonneries de téléphones, machines à laver, tuyauteries qui gémissent, bavardage télévisuel etc : voilà des harmonies qui ne semblent pas gêner grand monde ... ce qui n'est pas le cas du piano de Bartok, des opéras de Britten, des chœurs de Messiaen ou des Sequenza de Berio (pour se contenter de citer quelques classiques bruiteurs d'un vingtième siècle déjà lointain).

Comment expliquer ce rejet ?

17 : le don du don

Elle n'a pas besoin de raconter sa vie à la télé pour exister.
Elle n'a pas besoin non plus d'expliquer, comme d'autres (sic), qu'elle fait l'amour quand elle tient son instrument entre ses cuisses.
Sonia Wieder-Atherton est une violoncelliste discrète.

Il y a quelques années, elle donnait un concert à l'IRCAM.
Elle jouait l'une des très belles pièces pour violoncelle seul de Pascal Dusapin (était-ce "Immer" ou "Invece" ?)
Chez Dusapin, il n'y a pas grand chose à jeter. Et surtout pas ses magnifiques quatuors à cordes dont l'un était proposé en première partie de programme.